CHAN KAI YUEN
陳啟元


            ARTISTE





QING


2012

Vidéo de 01:12 min

TK-21 La revue a choisi de montrer deux vidéos qui témoignent l’une de son humour, l’autre d’une préoccupation plus poétique et toute deux de son attachement aux deux cultures qui sont les siennes.
Qing met en scène avec une délicatesse palpable l’amour comme événement incommensurable. Ce mot intraduisible dit à la fois l’amour bien sûr, mais aussi l’attachement et le désir. La palette des significations que balaie ce terme est plus grande que les possibilités de les vivre et seul un montage réversible réussit à nous faire appréhender l’impossibilité qui gît au cœur de toute manifestation du désir. Mais c’est aussi un mouvement d’images qui attire notre attention sur le fait que tout, y compris un pétale de fleur est en soi un événement, surtout si ce pétale tombe et si il finit par revenir s’accrocher à la tige de la fleur qui sans doute se languissait de lui.

L’origine du monde est bien évidemment une évocation pour le moins directe du tableau éponyme de Courbet. Saisi dans la même position que le corps féminin du tableau, celui qui est ici mis en scène apparaît vivant. En tout cas il est traversé de spasmes divers qui à l’évidence ressemblent à ceux d’un orgasme.
Pourtant rien, ni corps masculin ni main alerte ne viennent provoquer cette extase. Ce sont des billets qui vont et viennent en une caresse apparemment insupportable sur ce ventre et ces cuisses. Il nous faut convenir que ce sont eux qui déterminent l’accès au plaisir. Il n’en reste pas moins que c’est à nous spectateurs de cette intimité dévoilée et voilée qu’il revient de déterminer si cette jouissance est un écho de ce que le monde aujourd’hui ne semble pas devoir cesser de faire lui aussi l’amour avec l’argent.

Dans ces deux vidéos, le travail image par image prend tout son sens. En effet, l’image pour Chan Kai Yuen est à la fois élément d’un vocabulaire et événement. Leur accumulation et le double mouvement création destruction recréation qui préside au montage nous confrontent à la mutation du régime de la narration dont l’art vidéo est porteur. Chaque image est moment d’une sorte d’histoire qui se trouve à la fois confirmée et comme effacée par la répétition inversée des événements.
C’est là sans doute dans ce double mouvement que se forme le premier cercle du maelström dans lequel, tous, nous sommes, aujourd’hui emportés.

Jean-Louis Poitevin